Tine, Alpage de Mangart, Bovec, Slovenie

Le 4 Août 2012

Nous commençons notre périple en Slovénie en empruntant la vallée de la Soca River. Pour nos rencontres de bergers, on nous indique assez vite l’alpage du Mangart a une vingtaine de km de Bovec. Quelques km avant d’arriver a l’alpage, nous sommes accueillis par le joyeux tintement des clochettes d’un troupeau de brebis et de chèvres. On pense rencontrer le berger qui les accompagne mais c’est une vieille Fiat qui pousse le troupeau! A son bord, 2 vieux bergers a grosse barbe et aux chapeaux de feutre tout défraichis. Rougis par le soleil et sans doute quelques apéros, il redescendent gaiement leur troupeau. Apres une nuit passée sous les toits du refuge de l’alpage, nous partons le matin en balade. Le troupeau est déjà remonte et les brebis parcourent les magnifiques pentes de cet alpage. Au loin nous apercevons leur gardien que nous nous empressons de rejoindre… Thasha, une jeune de 20 ans, nous accueille avec un parfait anglais, quelle chance! Elle est aide bergère saisonnière et nous passons la journée en sa compagnie a surveiller le troupeau. Le soir, nous redescendons tous a la ferme (800 m plus bas) ou elle nous présente a l’ensemble de la communauté pastorale. Nous y retrouvons nos 2 bergers de la veille. Tine est l’un des propriétaire, lui et l’aide berger de l’année passée (de passage ces jours-ci) nous explique le curieux fonctionnement de cet alpage…

Dans cette région de Slovénie persiste en effet un fonctionnement traditionnel de la gestion des alpages. Les propriétaires (en l’occurrence 4 pour cette communauté pastorale) regroupent leurs troupeaux pour la saison estivale de pâture en alpage (3-4 mois, juin-septembre). Ils élisent parmi eux le fromager. Celui-ci sera en charge de la fabrication fromagère tout au long de la saison et aura également pour responsabilité de décider, en fonction du climat et de l’avancement dans la saison, de l’alpage ou doivent aller pâturer les brebis. Pour cette communauté pastorale on distingue 3 alpages a 3 altitudes différentes (s’échelonnant entre 1200 et 2000 m). L’alpage du Mangart, le plus haut, est préférentiellement utilise en milieu-fin de saison (aout) lorsque les températures sont les plus chaudes.

Les autres propriétaires assurent par groupe de 2, a tour de rôle chaque jour, le gardiennage du troupeau en alpage.. Ceux qui ne sont pas en alpage ont en charge le nettoyage des «bâtiments» de la ferme (parc et abris en bois) et peuvent se reposer un peu.

Les traites se font a la main et sont réalisées 2 fois / jour par les 4 propriétaires de la communauté entre 4h30 et 6h ainsi qu’entre 18h30 et 20h. Les 3 bergers et le fromager, assis a hauteur de brebis, se positionnent en quadrette au niveau de la porte du parc a brebis. L’aide bergère est dans le parc a brebis et pousse ces dernières dans le couloir forme par les 4 trayeurs.

A la fin de la saison, les membres de la communauté pastorale sont rémunères en fonction de leur statut (fromager – berger – aide berger) ainsi qu’en fonction du nombre de brebis ou de chèvre qu’ils possèdent. Pou ce qui est du statut un fromager est traditionnellement paye 4 kg de fromage / jour (soit 4*16= 64€ / jour), un berger 3 kg de fromage / jour (soit 48€) et un aide berger 2 kg de fromage / jour (soit 32€).

Au niveau de la transformation laitière cette communauté pastorale fabrique de la Tomme ainsi que de la Ricotta. Leur Tomme est une pate pressée cuite, le lait est d’une traite est réchauffé a 36-37⁰C puis emprésuré. Le caille, une fois mis en petits morceaux est réchauffé avant d’être récupéré et presse dans des moules a Tomme. Le petit lait restant est a nouveau réchauffé jusqu’ a 70⁰C. A cette température 4-5L de lait sont ajoutés et le tout est porté a ébullition plusieurs minutes. La Ricotta seforme en surface, elle est récupérée et mise dans des linges pour être égouttée pendant plusieurs jours.

Portrait de Tine:

Tine a 33 ans et n’a pas encore d’enfant. Il habite toute l’année dans une habitation en dure, 9 mois dans sa ferme a Bovec (dans la vallée) et 3 mois dans la ferme d’alpage de la communauté pastorale (1200m), au pied du Mangart. S’il a toujours été en contact avec ce métier d’éleveur/berger (son père possédait quelques brebis dans cette même communauté) il est professionnel depuis 10 ans. Aujourd’hui il possède une centaine de brebis ainsi qu’une quinzaine de chèvre.

Pour lui, son activité de berger consiste a conduire les bêtes a l’alpage puis a surveiller que celles-ci ne sortent pas de la zone de pâturage « accessible ». En effet le risque est que les bêtes progressent dans les hauteurs de l’alpage et parviennent a des zones ou l’on ne peut plus aller les chercher. En dehors de cela, les bêtes sont autonomes sur l’alpage et décident elles même chaque jour de leur parcours. En fin de journée, lui et son aide regroupent, comptent et redescendent le troupeau ;. Le comptage est une estimation, Tine compte les animaux portant des cloches ; celles-ci sont portées a raison de 1/60 pour les brebis et de 1/15 pour les chèvres. Les chèvres portent plus de cloche car elles sont moins grégaires, plus indépendantes et plus curieuses.

D’après Tine cette activité a peu évolue depuis la 50 aine d’année passée. Ceci peut-être en lien avec le fait que l’alpage a su conserve son fonctionnement traditionnel. La principale évolution est la diminution du nombre de berger en activité dans la zone. Aujourd’hui leur communauté pastorale compte 4 propriétaires dont 2 seulement possédant un nombre important d’animaux (≈100). Auparavant les communautés pastorales étaient composées de beaucoup plus de bergers possédant seulement quelques 10 aine de brebis. En dehors de cela Tine évoque simplement le « progrès technologique » qui a permis un certain confort : électricité a la ferme d’alpage, véhicule pour conduire les bêtes a l’alpage…

Au niveau de la biodiversité de la région, il n’y a selon Tine pas eu de changements au cours des dernières décennies. Concernant l’activité économique de la zone, cet alpage relativement accessible a toujours pu écouler sa production a la ferme même, aux touristes de passage.

Pour ce qui est du futur, Tine est d’un certain cote assez craintif. Ce métier est dur en termes d’heures travaillées et la rémunération n’est pas très élevé. L’Europe, si grâce a ses aides elle permet de soutenir cette activité, elle encombre également le métier de nombreuses contraintes règlementaires et administratives qui s’ajoutent au temps de travail déjà important. Y’aura-t-il beaucoup de jeunes pour faire perdurer cette activité ? Néanmoins, pour la communauté pastorale a laquelle il appartient, il reste confiant celle-ci bénéficiant de l’attrait touristique de la région.

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Marko, Alpage de Zaprikraj, Dreznica, Slovenie

Le 6 Août 2012

Redescendu de l alpage du Mangart, nous poursuivons notre route en direction de Dreznica. Un autre alpage nous avait été indique dans cette localité. Arrives au village (750 m), nous décidons de rejoindre a pieds l’alpage de Zaprikraj (1050m). La haut, nous découvrons des vaches pâturant autour d’une petite ferme. Nous y rencontrons alors Marko et sa famille qui nous explique le fonctionnement de la communauté pastorale a laquelle il appartient. D’autres éléments sur le fonctionnement de l’alpage nous ont été apportes par Ceska, native de Dreznica.

Entretien de Marko

Marko a 42 ans, est marie et a 3 enfants. Il habite toute l’année a Dreznica et seulement quelques jours a l’alpage (9 jours exactement). En effet, Marko appartient a une petite communauté d’éleveurs ou chacun possède 1 a 3 vaches. Ainsi, le troupeau est compose d’une quarantaine de bêtes appartenant a une vingtaine de petits éleveurs.

Ces éleveurs se regroupent durant la période d’alpage (4mois par an) pour une gestion collective du troupeau, par chacun des propriétaire a tour de rôle. Ainsi, chaque propriétaire doit 3 jours de travail sur l’alpage par bête qu’il possède. Marko qui possède 3 vaches travaille donc 9 jours par an a l’alpage. A ce moment, il a pour rôles: la surveillance du troupeau, la traite et l’entretien de l’étable. A chaque traite, celle-ci se faisant en trayeuse au pot, la quantité de lait produite par les vaches est comptabilisée pour chaque producteur (par pesée du lait). Ceci permettra une redistribution des revenus au prorata de la production des vaches de chaque propriétaire. Pour ce qui concerne la fabrication fromagère, la communauté emploie un salarie.

Marko est fils d’éleveur et a depuis tout petit aide aux travaux de la ferme. A la mort de son oncle il y a 4 ans, il récupère quelques bêtes, ce qui lui permet d’hériter du droit d’accès a la communauté de Zaprikraj. Cette activité agricole reste secondaire pour Marko qui est par ailleurs salarie dans une usine en Italie. Son cas n’est pas isole puisque tous les membres de la communauté ont une activité professionnelle en parallèle ou sont retraites. Il s’agit plus de faire perdurer la passion de l’élevage, une tradition.

Si désormais seule une partie des habitants de Dreznica possède encore des bêtes, la situation était bien différente une cinquantaine d’années auparavant, puisque chaque famille possédait quelques vaches, brebis ou encore chèvres… Les vaches étaient dans les parties basses de l’alpage, plus ou moins surveillées par les enfants. Ceux ci avaient pour mission de s’assurer que les vaches ne s’en aillent pas dans des endroits trop escarpés. Il y avait beaucoup plus d animaux qu’aujourd’hui et tout l’alpage était bien “nettoyé” (aucun arbre). Aujourd’hui de grandes zones sont recouvertes de foret. Auparavant, le loup venait régulièrement et l’homme l’éloignait avec de grands feux.

Marko nous explique que les subventions de l’Union Européenne (PAC) ont permis de redynamiser le pastoralisme sur cet alpage de Zaprikraj. Depuis, la zone est a nouveau bien entretenue. Par ailleurs, Marko est très motive et implique dans la communauté dont il est le président depuis son entrée il y a 4 ans. Il mène une bonne dynamique collective pour organiser de nouveaux chantiers: nouvelles clôtures, modernisation de la salle de traite, et projet d’un petit bar/café a l’alpage qui serait aussi un point de vente des fromages.

Sa vision quant au devenir de cette activité est positive. L’Europe, le gouvernement slovène, doivent continuer de soutenir cette agriculture. Les hommes eux doivent continuer de travailler pour faire perdurer cette tradition. Lui même met beaucoup d’énergie pour transmettre cette envie a ses enfants. Pour lui, le maintien de cette tradition pastorale est une question de sens donne a la vie, a la vie de famille.

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