RENCONTRE AVEC GABRIELE, La Thuile, Val d’Aoste

Le 8 juillet 2012

C’est seulement quelques km après le passage de notre première frontière que nous rencontrons Quino, notre premier berger. Après quelques regards contemplatifs du troupeau de vaches qui paît tranquillement devant lui, nous nous lançons dans l’explication de notre projet, notre souhait d’en savoir un peu plus sur son métier. L’échange n’est pas évident, Quino parle l’italien à peine mieux  que nous, il est albanais. Curieuse surprise! Mais  nous comprendrons rapidement qu’il s’agit de l’une des particularités du pastoralisme de cette région. Les troupeaux de vaches appartiennent à des propriétaires italiens qui délèguent, entre autres, la garde des troupeaux à des salariés. Et au vu de la difficulté du travail et de la faible rémunération allouable, les propriétaires ne trouvent que des travailleurs étrangers.

Nous décidons de dresser le camp près de l’étable, un peu plus haut, pour en apprendre davantage sur cette ferme d’alpage. Elle est tenue par 5 salariés, Pietro, Quino, Georgio (albanais), Mohamed et Fanan (marocains). De juin à septembre, ils s’occupent de 120 vaches (Pie rouge et Pie noire valdotaine), les font paître et fabriquent la traditionnelle Fontina de la région. La journée débute à 3h du matin. C’est à la main que 4 d’entre eux réalisent la traite de ces 120 vaches. A 6h du matin, le troupeau part, accompagné de deux bergers pour une première cession de pâture. Pendant ce temps, deux autres nettoient les bâtiments et Mohamed fabrique la Fontina. Le troupeau revient vers 11h, les hommes déjeunent, les vaches reçoivent du concentré et tout le monde se repose. A 15h débute la seconde traite de la journée, une seconde fabrication fromagère est réalisée tandis que les vaches retournent paître jusqu’à la tombée de la nuit, 21h.

Le soir, nous retrouvons à l’heure du repas la joyeuse équipée. Nous avons la chance de pouvoir rencontrer Gabriel le propriétaire, qui régulièrement vient rendre visite à ses hommes. Le lendemain matin, il repartira pour Aoste chargé des formes de Fontina produites dans la semaine. Gabriel parle plutôt bien le français et nous parle donc du pastoralisme dans sa région.


Gabriel a 67 ans et 2 enfants. Il habite toute l’année à Gressan, une petite ville à 4 km d’Aoste, où se trouve sa ferme. Il possède 120 vaches de race Valdotaine (60 Pie rouge et 60 Pie noire) et quelque 100 génisses. Toute la production est transformée en Fontina, les formes sont vendues une semaine après leur fabrication à la coopérative. Durant la saison d’alpage (de juin à septembre), Gabriel passe toutes les semaines à la ferme d’alpage voir son troupeau et les travailleurs saisonniers qui s’en occupent. Depuis 50 ans qu’il exerce ce métier d’éleveur, il a toujours fonctionné ainsi et n’a donc personnellement jamais pratiqué l’activité, à proprement dite, de berger.

Selon lui, le métier de berger est globalement le même depuis 50 ans. Il consiste à traire ses vaches, éventuellement transformer son lait en fromage, et faire pâturer ses bêtes. En revanche, c’est la forte diminution du nombre de personnes travaillant dans les alpages qui est selon lui très significative.

Auparavant chaque famille possédait quelques vaches (5-10), Gressan comptait entre 60 et 80 éleveurs alors qu’il n’y en a plus que 4 aujourd’hui. Durant la saison estivale, en alpage, ces nombreux petits troupeaux employaient beaucoup de monde: Il fallait traire (à la main), fabriquer le beurre et/ou le fromage, garder les bêtes sur leur zone de pâture et épandre le lisier accumulé dans les fermes d’alpage. La fumure animale était en effet épandue sur l’ensemble de la zone d’alpage à l’aide de canaux creusés par les hommes dans lesquels passait le lisier poussé par l’eau de la montagne.

Si aujourd’hui, selon Gabriel, le nombre de bêtes pâturant dans cette région de la vallée de la Thuile est globalement le même, c’est la taille des troupeaux qui a changé. Ceux-ci, moins nombreux, sont beaucoup plus importants (100-150 vaches). Par ailleurs, beaucoup moins de personnes travaillent autour de ces bêtes. L’arrivée des machines à traire permet à un homme de traire trois fois plus de bêtes (30 bêtes / heure aujourd’hui contre 10 / h auparavant). Les multiples petits alpages ont progressivement fusionnés et la conduite d’un grand troupeau sur un grand alpage ne nécessite plus qu’une ou deux personnes. Enfin, l’augmentation du coût de la main d’œuvre a également causé cette forte diminution de personnes travaillant dans les alpages.

Mais ces évolutions ne sont pas sans mauvaises conséquences selon Gabriel. Les machines à traire induisent des modifications au niveau du lait qui rendraient plus difficile la fabrication de la Fontine… Quant à l’épandage du lisier, il se fait aujourd’hui à l’aide d’un tracteur et d’un épandeur pouvant projeter la fumure sur un rayon de 30m. Néanmoins la répartition de l’amendement est moins homogène et la qualité globale de l’herbe de l’alpage s’en trouve diminuée.
Pour l’avenir, Gabriel n’est pas très optimiste. Il est même inquiet quant à la pérennité de cette activité. Il se sent victime d’un système global qui ne l’aide pas. Des charges qui augmentent (charges salariales, prix des intrants…) et une coopérative, dont il se sent plus ou moins dépendant, qui cette année a baissé son prix d’achat de la Fontine. Par ailleurs c’est un métier difficile qui laisse peu de temps libre. Les jeunes d’aujourd’hui ont la possibilité de profiter de l’argent de leurs parents, ils ne seront donc pas enclin à faire perdurer une telle activité.

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RENCONTRE AVEC  PAOLO, Lavachey, Val d’Aoste

Le 11 Juillet 2012

Nous nous rendons au lieu-dit de Lavachey (1640 m alt), dans la vallée du Val Ferret, en quête de berger à rencontrer. Le Val Ferret est dans la vallée d’Aoste, réputée pour ses alpages et son fromage, la Fontina. Arrivés à Lavachey, nous laissons nos vélos pour rejoindre à pied un troupeau de vaches aperçu plus haut. Dans les hauteurs, face à la chaine du Mont Blanc, nous tombons sur une petite ferme d’alpage (2000 m alt). Cette fois ci, ce sont quatre Roumains que nous trouvons au travail de traite . Ces travailleurs saisonniers parlent à peine quelques mots d’italien mais nous comprenons que Paolo, le propriétaire du troupeau, habite plus bas à Lavachey. La rando terminée, le camp dressé, nous rencontrons Paolo le soir même:


Paolo a 51 ans et a 2 enfants. Il habite 7 mois par an dans sa ferme proche d’Aoste et 5 mois par an (de mi-mai à mi-octobre), dans la ferme d’alpage de Lavachey. Paolo a commencé à travailler, enfant, en gardant le troupeau familial dans les montagnes. Adulte, il devient propriétaire d’un petit troupeau qui  s’est progressivement agrandi  pour atteindre aujourd’hui une centaine de vaches. Dans son métier d’éleveur, il a toujours préféré l’activité de berger (conduire le troupeau en alpage). Il regrette aujourd’hui de passer trop de temps à régler des questions administratives et de devoir déléguer cette activité à une main d’œuvre saisonnière.

Pour lui, l’évolution de l’activité pastorale est ici très significative. Une cinquantaine d’années auparavant, il y avait beaucoup plus de bêtes dans cet alpage, mais également beaucoup plus de bergers possédant de plus petits troupeaux (10-40 vaches). De ce fait l’alpage était plus morcelé, les zones de pâture étaient clairement définies entre les éleveurs. Les vaches étaient souvent gardées par des enfants qui, sous la responsabilité d’un “Capo Maestre” (“chef berger”), étaient chargés de courir autour du troupeau afin de maintenir les bêtes dans l’espace défini.  Ces multiples petits alpages, pâtures par un plus grand nombre de bêtes, permettait une entière valorisation de l’herbe produite dans la montagne. La fumure animale, collectée dans les petites fermes d’alpage et répartie sur l’ensemble de la zone, permettait une repousse de qualité.

Pour Paolo, la baisse globale du nombre de bêtes dans la zone a engendré des modifications sur l’environnement. Certaines zones ne sont plus pâturées, de la forêt s’y est donc progressivement installée. Paolo évoque aussi que l’herbe non pâturée accrocherait moins bien la neige et occasionnerait plus d’avalanche durant l’hiver. Enfin, d’autres zones sont sous-pâturée, ”les vaches ne mangent que le bon”, ce qui engendre cette fois une baisse de la qualité du pâturage de l’alpage. La diminution de la quantité globale de fumure épandue sur l’ensemble de l’alpage ainsi que sa moins bonne répartition (les troupeaux sont aujourd’hui plus concentrés) accentue également cette baisse de la qualité de l’herbe.

De par la diminution du nombre de bergers dans la zone (ils ne sont plus que 3 éleveurs dans le Val Ferret), la vie économique locale n’est désormais plus centrée sure cette activité. Cette disparition de l’activité pastorale a été forte dans les années 70 avec l’arrivée de l’industrie laitière. En effet, jusqu’à cette époque, l’ensemble de la production laitière du val Ferret était acheminée par mules à Courmayeur ou elle était achetée par des commerçants et des petites laiteries pour une consommation locale. L’apparition des bouteilles de lait pasteurisé sur le marché a tout révolutionné. A Lavachey, tout le lait produit est désormais transformé sur place en Fontina. Paolo écoule toute sa production en vente directe. D’autres raisons peuvent être évoquées pour expliquer la diminution de l’activité pastorale: c’est un métier très difficile (grosse charge de travail) et peu rémunérateur (charges importantes, notamment main d’œuvre), et la règlementation est de plus en plus stricte pour les mises aux normes sanitaires (exigée par l’UE).
Les coûts de mises aux normes sont souvent trop importants pour les petits éleveurs. Ces nouvelles règlementations contraignent les petits à disparaître au profit de ceux qui peuvent se permettre plus de volume. Mais Paolo regrette cette évolution car selon lui elle pousse à une harmonisation des produits, une perte de qualité et nécessite souvent malheureusement d’avoir recours à la chimie.

Paolo pense que le métier d’éleveur en montagne tel qu’il le pratique depuis plusieurs décennies est voue à devenir un “hobby”. Il évoque encore une fois la charge de travail et la faible rémunération de la production. Le hobby étant un luxe, Il pense que le déclin de cette activité n’est pas prêt de s’arrêter.
Malgré cela il souhaite transmettre aux générations futures un message positif, celui d’être courageux et de persévérer dans cette activité. Selon lui, une certaine passion est nécessaire et elle doit s’accommoder de la réglementation et des questions administratives qui amènent malheureusement de plus en plus les éleveurs à être dans les papiers et de moins en moins avec leurs bêtes. Notre entretien s’est conclu sur un message de Sergio, ”partout dans le monde, les paysans sont les mêmes, si pauvres et si riches à la fois”.

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RENCONTRE AVEC OSCAR, Val Sesıa, Vallee d’Aosta

le 17 juillet 2012

Oscar

Oscar a 48 ans. Il est berger dans le Val Sesia depuis 30 ans. Il est 18h lorsque nous rencontrons Oscar, celui-ci est en marche avec son troupeau pour se rendre a l’un de ses chalets d’alpage. Il y arrivera vers 23h, après 5h d’ascension dans le massif du Mont Rose.

8 mois de l’année il vit a Alania (1200 m alt.) dans la vallée, ou se trouve sa maison et sa ferme. Les 4 autres mois de l’année (juin-septembre), il se partage entre sa ferme ou les travaux de foin le retiennent et les chalets des différents alpages ou paissent ses 180 moutons et ses 25 vaches. Le plus haut alpage (guestaio) se trouve a 3300 m et de nombreuses fois durant la saison estivale il effectuera ces allers-retours entre vallée et pâturage.

Selon lui, le métier de berger n’a pas trop évolué depuis ces 40 dernières années. Seul le nombre de berger a considérablement diminué dans la zone. Les vieux disparaissent progressivement et il n’y a pas de jeunes pour prendre la relève. La crise n’aide pas a rendre cette activité économiquement viable, attractive ; seuls les passionnés continuent.

Chemın de parcours

Dans la montagne ou transhume Oscar, le nombre de bêtes est globalement reste le même. Mais autrefois ce nombre d’animaux était reparti entre 5 berger, aujourd’hui il ne reste que lui. D’après Oscar cette évolution est une question économique. Ces dernières années il était financièrement plus intéressant de travailler a l’usine que d’élever des bêtes, les gens ont donc quitter les campagnes. Mais aujourd’hui les usines ferment et les gens ont toujours besoin de manger, Oscar espère que cela permettra un retour des gens dans les campagnes.

Oscar évoque un dépérissement de la montagne du a une diminution globale du nombre total d’animaux. La montagne n’est plus bien entretenue, la foret se développe aux altitudes les plus basses et aussi parfois manque-t-on de prés, de pâturage, d’herbe. La diminution de nombre d’animaux va de pair avec une diminution du nombre de personne vivant dans la zone. Et ceci provoque (plus ou moins directement) un développement d’espèces animales sauvages comme le sanglier qui causent des dommages sur la montagne, le paysage.

Deplacement des betes

La vie locale de son village a elle aussi évoluée. Beaucoup de gens sont partis et ceux qui restent n’ont que faire de ces problématiques agricoles et environnementales. La vie économique de la commune est aujourd’hui uniquement centrée sur le tourisme.

Pour pouvoir faire perdurer cette activité il faut accepter la dure vie de la montagne. Et pour cela il faut être  « amant » de la montagne,  il faut l’avoir dans le cœur.

Dans 50 ans, Oscar espère que des améliorations auront eu lieu, et ce a l’échelle de l’Europe. Chaque pays devrait faire son propre élevage plutôt que de multiplier des échanges qui n’ont que pour intérêt que de générer des profits pour quelques uns.

Son message pour les générations futures est de ne pas avoir peur de travailler. Dans ce domaine, l’élevage ou plus généralement l’agriculture, il faut beaucoup travailler pour pouvoir en vivre. Il ne faut ps trop compter sur ses week-end ou les fêtes…

Au pıed du Mont Rose

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