RENCONTRE AVEC YVO, montagne du Vlasic, Travnik, Bosnie

le 21 Aout 2012
Yvo

Yvo a 60 ans, et est père de 3 enfants.
Comme son père et son grand-père, Yvo est berger. Il possède son troupeau depuis une trentaine d’années. Durant 7 mois il vit dans un village non loin de Travnik. Les 5 autres mois, de mai a septembre, il habite une petite maison de berger dans le massif du Vlasic (1660 mètres d’altitude) avec sa femme et leur troupeau de 100 brebis. C’est a cette période que les bêtes produisent le lait qui sera entièrement et directement transforme en fromage.

Avant la guerre, Yvo avaient deux maisons en montagne, une pour lui et une pour parquer ses bêtes la nuit. Suite a leur démolition durant le conflit, il n’a pu en reconstruire qu’une, ce qui l’oblige a parquer ses bêtes dehors la nuit, les rendant plus a la merci des loups de la région.

Maıson d'Yvo

Lorsqu’il est en montagne, sa priorité est d’emmener ses bêtes a un point d’eau un peu plus haut. Il fait ca deux fois par jour, matin et soir. L’eau étant devenu un problème dans la région, le lieu est devenu un point de rencontre pour les bergers qui y organisent l’abreuvement de leurs bêtes respectives. L’eau est selon lui toujours disponible dans le sous sol, mais les infrastructures de collecte se sont abimées au cours du temps.

Une grande partie de ses journées est consacrée a la pâture des animaux. L’ensemble de la montagne est décomposée en parcelles privées, mais suite a la guerre de Bosnie, nombreuses de ces parcelles sont désormais abandonnées par leurs propriétaires, ce qui permet a Yvo de faire pâturer son troupeau sans avoir a payer de location.

Pour ce berger, un autre changement dans l’organisation de l’activité tient de la route qui relie désormais la vallée a la montagne. Auparavant, l’acheminement des vivres se faisait en effet a l’aide de chevaux et d’ânes, et ce, tous les 4-5 jours. Le ravitaillement était un moment d’entraide entre les différentes familles. Désormais, le ravitaillement se fait en voiture, ce qui est donc plus facile, mais les rares bergers restes dans la zone ne s’entraident plus.

Si le phénomène de diminution du nombre de bergers et du nombre de moutons était déjà une réalité dans la zone depuis plusieurs décennies, la guerre a radicalement accéléré la tendance. En effet en 1992, entre 12 et 15000 moutons étaient recenses dans la région de Travnik, et maintenant (en 2012), on en recense seulement 3 a 4000.

Dans cette zone sinistrée, tout le monde a fuit la montagne au moment des conflits, et nombreux sont ceux qui ont migres dans les pays voisins ou bien en ville et qui ne sont jamais revenus.

La diminution du nombre de moutons se ressent sur la qualité de l’herbe selon Yvo. Celui ci nous fait part d’une autre difficulté a laquelle il est confronte, celle de l’écoulement de sa production. Il nous explique que les produits laitiers et carnes désormais importes des pays voisins sont bien moins chers, et pour cause, certaines agricultures voisines sont subventionnées.

Yvo a la traıte

La difficulté du métier et sa faible rémunération n’intéresse plus les jeunes nous explique-t-il.
Yvo a souhaité adresser un message pour ‘’aider tous les bergers du monde a continuer leur belle activité’’. Il espère ainsi que les états vont porter plus d’intérêts a ce type d’agriculture, en trouvant des moyens de la promouvoir, sinon ce métier est voue a disparaître.

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RENCONTRE AVEC NAIL, lieu dit de Duge Polje, Bjelasnica

Le 28 Aout 2012

Nail

C’est au cœur du Bjelasnica, massif dominant Sarajevo, que nous rencontrons Nail. Nail est initialement professeur mais a son retour d’Allemagne, ayant fuit la Bosnie durant la guerre, les portes des écoles lui sont fermées. Devant subvenir aux besoin de sa famille, il renoue avec l’activité pastorale qu’il a connut petit, au sein de sa famille.

Nail a 55 ans. Marie, il est père de 2 garçons et de 2 filles. Sa maison est a Hadžići, dans la vallée a une vingtaine de km de Sarajevo. L’été (3-4 mois) il habite un abris de fortune fait de poteaux de bois et de bâches plastiques, seule habitation de Duge Polje, un lieu dit du Bjelasnica. Les cabanes de berger ont presque toutes été détruites pendant la guerre nous explique-t-il, mais sans doute s’en construira-t-il une nouvelle…

Actuellement Nail élève 170 moutons qu’il vendra pour leur viande. Ce premier troupeau est un essai pour lui. Sa femme, restée a Hadžići, s’occupe de leurs 10 vaches.

Nail et son fils conduisent le troupeau

La manière de conduire son troupeau est restée la même depuis ces 50 dernières années. Elle consiste toujours a mener ses bêtes dans les pâturages les plus haut aux mois les plus chauds de l’été. L’herbe y est de meilleur qualité a cette période et les températures plus agréables permettent le pâturage des moutons (ces derniers s’alimentent peu en cas de fortes températures). Ses parcours sont également conditionnes par le passage aux points d’eau de la zone.

En revanche, Nail relève d’importants changements qui perturbent cette activité pastorale.

La guerre ayant endommagée la zone pastorale (cabanes…), le nombre de berger et par conséquent le nombre de moutons, a fortement diminué. La pression du pâturage étant moindre, les surfaces pâturables, gagnées par la foret, se réduisent et les pâtures perdent en qualité.

Nail évoque également un problème de réchauffement climatique qui occasionne de très fortes températures en été ainsi qu’une diminution des précipitations. Ceci n’aide pas a améliorer la qualité des pâturages et l’abreuvement des bêtes devient problématique.

Mais tous ces problèmes pourraient être aisément palies par une simple volonté politique. La région se prête bien a cette activité pastorale et la proximité avec Sarajevo devrait assurer des débouchés fiables pour écouler la production. Pourtant Nail éprouve des difficultés pour vendre ses produits, les politiciens préférant développer le commerce et les importations de produits étrangers. Rien n’étant fait pour développer des débouchés commerciaux et aucune aide n’étant fourni pour palier aux problèmes d’infrastructure et de sécheresse, les jeunes ne s’engagent pas dans cette activité qui offre peu de perspective.

Nail guide le troupeau

Pour ce qui est du futur de l’activité pastorale dans la région, Nail est pessimiste. Il est selon lui absolument nécessaire qu’un changement politique s’opère, que l’on stoppe les importations et que l’on s’attache a développer le marche local. Favoriser la possibilité de prendre des crédits ou mettre en place des coopératives pour organiser l’écoulement de la production pourraient être des solutions pour attirer les jeunes, qu’ils perpétuent cette activité.

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