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Du Caucase a la Caspienne…

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C’est depuis le petit salon du “Zarifa Aliyeva” que nous vous ecrivons ces quelques lignes. A bord de notre cargo, bourre de wagons remplis de petrole, nous nous appretons a larguer les amarres pour… l’Asie Centrale! Mais pas d’inquietude, si vous lisez ce poste, c’est que le megot d’un matelot n’est heureusement pas malencontreusement tombe sur notre precieuse cargaison…

Mais revenons sur nos peripeties azeries… La partie periple a velo fut malheureusement assez courte, les jours en Azerbaidjan nous etaient comptes (au nombre de 30!) et il fallait etre assez vite a Baku pour faire nos visas kazakh, ouzbek et tadjik. Nous avons tout de meme decides d’emprunter la jolie petite route, longeant le Caucase, pour nous rendre a bon port, celui de Baku! Ce fut un vrai regal a pedales! Une jolie variete de paysages sur 600 km: la route longe les contreforts boises du Caucase en traversant pres et champs de mignons petits villages. Les maisons, toutes construites de pierres blanches bien taillees semblent neuves, c’est propret, presque coquet! Venant de Turquie ou l’architecture urbaine manque un peu de typicite et de Georgie ou le delabrement s’ajoutait parfois a l’anarchie, ca nous change! Puis la route s’ecarte du massif, traverse une agreable zone boisee, serpente entre de douces collines vertes semees de cereales avant de finir par une longue descente a travers un paysage de montagnes arides, d’une immensite et d’une somptuosite a s’arreter faire des photos tous les 500 m! Mais toute belle chose se merite… C’est au terme de deux petits cols, aussi vicieux que pentus, que cette steppique beaute nous fut offerte. 5 km a pas moins de 12%, a vous couper les jambes tous les 500m! Enfin, apres 30 derniers km de lutte dans une effervescente circulation, nuit tombante, klaxons hurlants, nous arrivames a Baku, mais ca c’est une autre histoire…

Restons un peu au pays pour l’instant… Des nos premiers km, a la premiere petite ville, nous retrouvons la chaleur ottomane. Nos balbutiements de turc refont vite surface, le moindre arret dans la rue ou dans une echoppe suscitant scotchages, attroupements, bavardages, sourires, invitations… Comme en Turquie, on accueille et on honore les etrangers en les invitant pour un the: petite salle, un poele au centre, des hommes attables autour de cartes et de verres de the… Le decors est apparemment le meme… Mais nous avons tot fait de remarquer l’empreinte de l’URSS… Au fond de la salle une tireuse a bieres, a une tablee les hommes ont troque leur theiere pour une bouteille de vodka! Mais cette fois ci, nous restons sobres, pas comme a Saxi…

Saxi est une jolie ville aux pieds du Caucase qui vaut la peine de s’y arreter. Un vieux centre authentique et charmant, des rues joliementr renovees a l’orientale et surtout un magnifique petit palais : le Khan Xasaray. Si deja d’exterieur cet edifice a de quoi charmer, son interieur laisse sans voix. De petites salles, epurees de tout mobilier, aux murs et plafonds entierement recouverts de peintures. La finesse et les couleurs des motifs, des fresques, font de ces pieces de veritables nids douillets qui vous transportent en un instant dans l’une des mille et une nuits sultaniennes… revenus a nos esprits, nous sommes partis dejeunes dans un petit restau pour y decouvrir les specialites azeries… dont la vodka fait partie! A peine attables que nos voisins nous invitent pour un verre, puis deux, puis une bouteille passe, une deuxieme s’ouvre… Heureusement nous sirotons “a la francaise”, nous ne buvons pas a la georgienne (cul sec!) comme ici aussi ils aiment a le faire. Quand nous sorttons de cet heureux traquenard, il est 18h, juste le temps de rejoindre, pour parachever cette belle journee, le magnifique caravanserail de la ville. Point de chameau et les nattes de paille ont ete remplacees par des lits mais l’endroit est authentique et romantique a souhait! Passes des femmes voilees turques aux blondes decolorees en jupettes de Georgie, la encore l’Azerabaidjan nous offre un curieux intermediaire… Meme en campagne, les azeries arborent de belles et longues chevelures et les coquettes jupettes sont de mise pour les jeunettes! Toutefois, ne pas se fier aux seules apparences… une culture traditionelle et patriarchale semble encore bien ancree: mariages arranges, femmes aux foyers… Dans un petit village Pollat (31 ans), Alina (23 ans) et leurs deux enfants nous acceuillent pour une nuit… Si Pollat semble un peu ne de la derniere pluie, Alina, pleine d’eveil et d’une intelligente ouverture, s’exprime sans peur sur sa condition: les taches domestiques passent encore, mais les momes! Ca crie, ca pleure, ca fait des betises, faut toujours les porter… Non, pas plus que 2! Et travailler a l’exterieur? Non, Pollat ne veut pas… Simplement, cette liberte d’expression, ce franc parler, fait rire a entendre dans ce milieu traditionnel. Cette liberte d’expression admet tout de meme ses nuances… Lorque Guillain s’exprime, curieusement ce n’est que d’une oreille peu attentiove qu’Alina l’ecoute. Elle ne lui repond d’ailleurs pas toujours et prefere de maniere generale s’adresser a Anne-laure. Mais tout cela, accompagne de sourires, d’habiles comportementrs pour faire subtilement comprendre le code, sans froisser l’etranger ignorant.

Si l’echange homme-femme est codifie, la notion de propriete semble plus superflue… Si des gens viennent a psser la ou nous avons monte notre camp, nous nous transformons nous, tout ce que nous possedons, tout ce que nous sommes en train de faire, en phenomene paranormal. Petits ou grands retsent litterallement scotches, les yeuux ronds comme des billes. En genral nos spectateurs semblent avoir besoin de quelques minutes pour realiser ce qui est en train de se passer sous leurs yeux. Des touristes campent la… et ils cuisinent! La premiere stupeur passee, quelques questions se formulent: d’ou venez-vous? Ou allez-vous? Pourquoi a bicyclette? Malheureusement pour eux, nos reponses suscitent soit une incomprehension encoire plus grandeet des regards qui semblent dire quelque chose comme “mais vous etes completement cingles!”, soit une rayeur bien plus grande que leur stupeur initiale. Disons qu’au chiffre de “7000” (km parcourus) en general les gens repetent “7000” en criant, sursautent legerement en arriere et leurs visages evoquent un melange de peur et de surprise, comme si on venait de leur annoncer qu en fait Dieu etait une femme! La deuxieme onde de chocs passee, notre public est ensuite pris d’une vive et irresistible envie de toucher: nos duvets, les velos, notre popotte, tout y passe jusqu’a notre tube de dentifrice! Et vraiment, cette curiosite n’est pas le fait d’un cas isole. Si le plus temeraire de la troupe commence a presser la poire du klaxon d’Anne-laure, apres le rire, tout le monde klaxonnera! Nos repas suscitent parfois de grandes discussions! Encore une fois le plus a l’aise de la bande ouvre notre popotte et raconte aux autres tout en fouillant dans notre mixture: “je vois des oignons, des poivrons… je crois qu’il y’a aussi quelques morceaux de carottes…” C’est dingue ce que ca peut manger des touristes! Enfin ce qu’ils ne savent pas c’est que nous sommes tout aussi scotches de les voir aussi scotches…;-)

C’est donc des belles images plein les yeux et des aventures culturelles plein la tete que nous arrivames a Baku… Baku, nous etions prepares a affronter cette capitale mal aimee des voyageurs. Il est vrai que cette grande ville transpire le luxe et l’apparat, a des annees lumiere de la vie de la grande majorite des habitants de ce pays. Chez Pollat et Alina la maison avait beau avoir belle allure d’exterieur, l’interieur etait tres sommaire. Et vu le plaisir qu’a eu le petiot Samir a devorer nos fruits, on a compris qu’il ne devait pas avoir la chance d’en manger souvent… Ces inegalites sont d’autant plus rageantes lorsque l’on comprend (assez vite) que cet argent provient de l’exploitation du petrole, ressource censee appartenir et profiter a l’ensemble du pays. Bref, l’injustice de ces richesses n’en est que plus criante. En outre, il est ecoeurant de voir ou se gaspille cet argent : le luxe et les 4×4. A la limite, payer pour un nom  sur un habit, une paire de lunettes ou de chaussures ne regarde que l’acheteur. Mais les 4×4 de ville! Embleme de la bete consommation, de l’insouscient gaspillage energetique, a Baku ils defilent par centaine!! Evidemment, c’est a celui qui aura le plus gros! A Baku, on rencontre Cavid, un jeune etudiant militant, accueillant et aussi riche de connaissance que genereux de son temps. Lui, nous raconte un peu plus l’envers de ce decors qui sentait deja la superficialite a plein nez. Il est etudiant, le systeme universitaire, il connait… deplorable nous dit-il. Il est notoirement etabli que les etudiants doivent acheter leurs notes, leurs diplomes. Et vraiment, on ne fait pas les choses a moitie, un autre ami nous racontait qu’une secretaire de son boulot, diplome d’un master d’allemand, n’en connaissait pas un mot… Dans une universite, l’ensemble des etudiants etait adherent au parti presidentiel. Bon a la limite tant que ca ne touche pas les etudes medicales se dit-on… Mais un autre ami (et oui, on s’en est fait en 2 semaines!) nous raconte sa visite chez le medecin. Avant toute oscultation on presente les tarifs: une grippe c’est 20 euros, une angine 50, une bronchyte 75… Que desirez-vous? Rassurant non? 😉

Cavid est aussi militant. Pour mieux lutter contre son ennemi, il faut le connaitre… Les depenses du president (elu a 93% aux dernieres eclections) qui refait chaque annee les memes places, les memes avenues, n’ont aucun secret pour lui… ni leurs finalites cachees… La construction est un tres bon moyen de detourner des fonds… Bon nombre de batiment n’ont que les facades de refaites, mais ca n’est pas grave, il faut que ca pete! Pendant ce temps la, les compagnies petrolieres et les banques jouent a leur deuxieme jeu prefere, apres les 4×4, les buildings! Arroses d’or noir ils poussent comme des champignons.

Enfin, stoppons la la diatribe car on va finir par en dire plus que ceux qui n’ont pas aime… Car nous, eh oui, on a quand meme bien aime notre sejour a Baku. La demesure et la vacuite des grosses compagnies et de leurs dirigeants, on connaissait… Ayant vecu a Paris un bon nombre d’annee, jouer au torreador avec les 4×4 en traversant les gros boulevards ne nous a pas effraye. On a reussi a bien profiter des charmes qu’offrait la ville. Une charmante et agreable vieille ville, l’orchestre national philarmonique qui nous a offert, dans une petite eglise au detour d’une rue, un merveilleux moment. Nous ne sommes que de tres lointains amateurs de cet art et pourtant ces adolescents virtuoses nous ont fait frissoner! Et puis un joli musee d’Art moderne ou nous avons meme pu apprecier quelques Picasso.

Houlala, mais il est long ce post, il nous en fait dire cet Azerbaidjan! Allez on s’arrete on est arrive au Kazakhstan… Et oui, enfin! Cela faisait 4 jours que nous attendions (a 2 km des cotes) que les autorites portuaires nous laissent debarquer… Il est grand temps de remonter en selle!

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